Vacance du pouvoir : Vers une nouvelle révision constitutionnelle ?

mardi 7 mai 2019 Politique


Si elle était jusque-là tabou au regard de l’interdiction faite dernièrement par le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha, qui avait menacé de prison, tous ceux qui oseraient encore parler des capacités d’Ali Bongo à diriger le pays, la question de la vacance du pouvoir refait peu à peu surface. Et elle pose désormais clairement ou subrepticement, le débat sur un nouvel amendement constitutionnel, une sorte de garde-fou imaginé par le pouvoir et ses alliés qui, ne semblent pas prêts à lâcher le pouvoir en cas d’invalidité définitive du président Bongo, rescapé sous séquelles d’un AVC.

C’est le premier secrétaire de Démocratie Nouvelle, (DN), René Ndemezo’o Obiang, qui vient de jeter un pavé dans la mare. Un pavé qui tombe en plein débat sur les capacités motrices et intellectuelles d’Ali Bongo à diriger encore valablement le Gabon, après un violent accident vasculaire cérébral, qui l’a foudroyé l’année dernière lors d’un voyage à Riyad en Arabie Saoudite. Désormais reclus au palais d’où il n’apparaît sous les projecteurs des cameras qu’épisodiquement, la santé du Chef de l’Etat, donne visiblement des insomnies à certains tenants du pouvoir. Lesquels, soucieux des lendemains difficiles, imaginent tous les paravents constitutionnels pour confisquer le pouvoir au cas où le Raïs était déclaré définitivement invalide en cours de son mandat.

Pour le premier responsable de Démocratie Nouvelle, parti classé opposition conciliante, en cas de vacance constatée du président de la république, l’autorité qui assure l’intérim doit terminer le mandat. Ce qui, selon Ndemezo’o évite au pays une élection présidentielle anticipée avec le risque d’une impréparation en trois mois comme cela a été le cas en 2009, à la suite de la mort d’Omar Bongo. Concrètement, ce que propose DN, c’est une modification de la Constitution, même s’ils se gardent de le dire clairement. Une modification constitutionnelle qui devrait se pencher sur l’article 13 de la loi fondamentale. Celui-là même qui prévoit le mode de gestion de la vacance.

D’ailleurs, dans une de ses publications en mars dernier, La Lettre du Continent, journal souvent bien renseigné par les arcanes des pouvoirs africains, avait révélé que la présidente de la Cour constitutionnelle, Marie Madeleine Mborantsuo, travaillait secrètement à la modification de la Constitution dans le but d’anticiper une éventuelle vacance de pouvoir. Si l’information est confirmée, elle témoigne sans doute de l’inquiétude diffuse qui s’est emparée du cercle gouvernant à l’idée que le président, diminué par les séquelles de l’AVC, pourrait ne pas finir son mandat. Toute chose qui pourrait voir l’opposition, par la figure plus ou moins tutélaire de Jean Ping, parvenir aux affaires, avec le risque de poursuites judiciaires, surtout que le contentieux de la présidentielle de 2016 reste un souvenir vivace dans les esprits, avec le sentiment d’un goût inachevé.

Devant cette éventualité d’un retournement brusque, à un moment ou à un autre de la situation, le parti démocratique gabonais (PDG) qui dispose d’une large majorité à l’Assemblée nationale est désormais épié pour voir s’il ne mettra pas à profit, sa pléiade des* députés pour faire adopter une nouvelle modification de la Constitution, notamment des articles concernant la gestion de la vacance du pouvoir présidentiel.


Leno KOLEBA

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